Light Feet Running - Courir Léger

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» LFR » Articles techniques » Foulée médio-pied, foulée talon : cycle avant ou cycle arrière ?

(Note: cet article a été publié sur mon blog en 2013 et mis à jour en septembre 2015)

J’ai pu constaté que beaucoup de coureurs qui s’intéressent à la foulée médio-pied venait sur mon blog en faisant des recherches en utilisant les mots « foulée en cycle avant ». Pareillement, on voit souvent sur les forums de discussions des messages du style : « J’ai une foulée en cycle arrière et j’aimerais être plus en cycle avant pour ne plus talonner ». Alors y-a-t-il réellement un lien entre la foulée en cycle avant et la foulée médio-pied ? Pour les novices, il faut rappeler que la foulée en cycle avant a été particulièrement bien expliquée par l’entraîneur Jacques Piasenta qui a analysé les foulées des meilleurs athlètes (pas celles des coureurs récréatifs). La foulée en cycle avant correspond à la foulée pratiquée sur les épreuves de sprint. Ce n’est pas une foulée qu’on cherche à reproduire en fond car elle est extrêmement couteuse en termes de dépense d’énergie. Après avoir observé de nombreuses courses de fond hors stade, la distinction fondamentale qui permet aux coureurs récréatifs de raisonner assez clairement sur les principes biomécaniques qu’ils souhaitent mettre en jeu est la priorité du coureur quant à leur gestuelle : est-ce que le coureur cherche avant tout à projeter son pied vers l’avant ou bien, au contraire, cherche-t-il à lancer sa jambe vers l’arrière ?

Au vu de ces images tirées de la dernière course Paris-Versailles, l’occasion m’est donnée de tenter d’illustrer ces deux types principaux de foulées en course d’endurance : la foulée de l’athlète féminine en jaune et noir (à dominante médio-pied, c’est à dire mettant l’accent avant tout sur une projection du pied de l’avant vers l’arrière) et la foulée de l’athlète masculin en rouge et noir (qui lui, tel le marcheur, cherche à allonger sa foulée en lançant son pied loin devant lui) ; cette distinction empirique résume bien le choix biomécanique auquel le coureur est confronté en terme de technique de pied en course d’endurance. La distinction classique foulée cycle avant / foulée cycle arrière n’est pas un outil d’analyse utile car il ne correspond pas à ces deux types de foulées comme je vais tenter de l’expliquer.

(La séquence, dont sont tirées les photos de cet article, est visible à partir de 1’48 » de la vidéo)

On peut facilement identifier les principales différences entre ces deux types de foulées:

Alors pour passer de la foulée du coureur à celui de la coureuse, faut-il réellement chercher à passer d’un cycle arrière à un cycle avant ?

La réponse est non car la grille d’analyse cycle arrière / cycle avant n’est pas un outil utile dans ce cas (si on reprend les caractéristiques de la foulée cycle avant / cycle arrière tels que théorisées par Piasenta à savoir):

cycle avant cycle arriere 1
cycle avant cycle arriere 2
cycle avant cycle arriere 3(Source BIOMECAnique de la LOCOmotion humaine http://sites.google.com/site/biomecaloco/)

Si on reprend les colonnes une par une:

  • pose du pied au sol: en médio-pied, le pied ne se pose par particulièrement en avant du bassin (contrairement au cycle avant). Le bassin n’est pas haut et placé mais plutôt en antéversion (suivant la souplesse et l’amplitude de la foulée). En foulée talon, le pied se pose plus loin devant le bassin et le bassin n’est pas antéversion.
  • soutien: en médio-pied, le bassin n’est pas particulièrement haut et placé (contrairement au cycle avant), le talon est en contact en sol (je vous le conseille car sinon gare aux mollets). La jambe n’est pas plus pliée en foulée talon qu’en foulée médio-pied (c’est même le plus souvent l’inverse !).
  • impulsion: en médio-pied, il est exacte que l’angle cuisse est plus fermé (mais rien à voir avec la fermeture quasi totale décrite par Piasenta et que l’on rencontre uniquement en sprint). Au contraire, il est contreproductif en endurance de trop lever le pied vers les fessiers.
  • évolution de la jambe: ni en foulée talon, ni en foulée médio-pied, la cuisse ne balaye beaucoup derrière ; en médio-pied, le bassin passe d’une position en antéversion à une position plus horizontale durant la phase d’envol du coureur. En médio pied, la cuisse n’a aucune besoin de se lever beaucoup grâce à la flexion du genou. En foulée talon, la mobilité du bassin est moindre.
  • secteur balayé par la cuisse: en médio-pied, le pied a tendance à plus se lever derrière le coureur quand en foulée talon (cela va donc à l’encontre de la distinction foulée cycle avant / cycle arrière). Le coureur médio-pied très rapide lèvera son pied haut derrière lui.
  • début pose d’appui: la cuisse segment libre n’est pas en avant de la jambe d’appui, que ce soit en foulée médio-pied ou en foulée talon.
  • mouvement du pied au contact au sol: il est exact qu’en foulée médio-pied, le pied aura tendance à reculer dans la chaussure et alors qu’en foulée talon, le talon viendra heurter le sol en premier; cela vient du fait qu’en foulée médio-pied, le coureur met l’accent sur la projection de son pied de l’avant vers l’arrière. Si le coureur talon pose son talon loin devant de lui, ce contact au sol aura en effet tendance à le freiner mais un coureur talon peut également poser son pied assez proche de son bassin (ce qui est conseillé pour éviter certains traumatismes liés à l’impact).

On voit en conclusion que tenter d’analyser ou de décrire sa foulée en cycle arrière ou cycle avant ne peut pas réellement aider le coureur d’endurance à pratiquer, de manière optimale, la foulée médio-pied ou la foulée talon.